Et vlan, il vous cite du Ramuz comme vache pisse :
« Mais, au-delà de la haie et du chemin, les montagnes étaient restées, qu'on voyait toutes du jardin. On avait en face de soi la dent d'Oche, plus en arrière venaient les sept pointes de la dent du Midi, puis c'étaient les Jumelles et le Grammont. À cet endroit, la chaîne était coupée par la profonde entaille de la vallée du Rhône. Ensuite revenant vers nous, rangées en cercle, dans un bel ordre, avec par-ci par-là des glaciers qui brillaient, on avait les Alpes vaudoises, la dent de Morcles, le Muveran, les Diablerets, tout au fond la Becca d'Audon ; et enfin, bordant de nouveau le lac, les sommités toutes voisines, grises et vertes, celles-là, avec leurs vraies couleurs, et non plus leur vêtement d'air, les Rochers de Naye et Jaman.
Mais tout cela n'était qu'un premier rang ; par derrière ce premier rang, se succédaient à perte de vue d'autres pointes de plus en plus indistinctes à mesure que plus lointaines, et on ne reconnaissait leur hauteur qu'au temps que le soleil mettait à les quitter. Quand celles de devant étaient grises, longtemps encore, tout là-bas, quoique basse pour l'oeil, et pas plus grosse que le doigt, telle ou telle continuait solitairement de briller ; on aurait dit, dans le pâle de l'air et sous le plafond assombri du ciel, une petite lampe rose.»
C.-F. Ramuz
Vie de Samuel Belet