Rebond sur une entrée du blog d'-alias-
Moi aussi je sais recopier du Jean Eustache !
«Si nous allions prendre le petit déjeuner au Mahieu, c'est un bistrot du boulevard Saint-Michel qui ouvre à 5 heures 25. À cette heure-là il y a des gens formidables. Des gens qui parlent comme des livres. Comme des dictionnaires. En prononçant un mot, c'est la définition de ce mot qu'ils donnent. Rien à voir avec le jargon, le langage grillagé du Monde ou du Nouvel Observateur.
Je me souviens d'un Arabe qui disait en détachant chaque syllabe : «Il paraît que les femmes noires font l'amour d'une façon extraordinaire. Quand l'homme introduit son organe sexuel dans le vagin de la femme, il paraît qu'il y fait une chaleur de fournaise. C'est un administrateur des colonies qui me l'a dit.» J'aimerais arriver à parler comme ça. J'y arrive peut-être un peu. Mais je voudrais y arriver complètement. Dans une conversation, autour d'une table avec des gens, dire :
Il répète intégralement la phrase, mais cette fois sans imiter l'Arabe.
...Ne parler qu'avec les mots des autres, c'est ce que je voudrais. Ce doit être ça la liberté.
Il y avait aussi un gardien de square qu'on prenait pour un flic, parce que sa tenue ressemble de très près à celle des policiers. Lui, posait des devinettes. Il demandait : «Quel est l'arrondissement le plus sale de Paris ?» Alors les gens cherchaient: «Le premier ?... non, ce n'est pas le premier arrondissement ; le quatrième ?... non , ce n'est pas le quatrième arrondissement. C'est le seizième arrondissement.» Alors les gens : «Ah bon pourquoi? - Parce que c'est là qu'on enlève la mère Dassault.»
Il demandait aussi : «Savez-vous quel est le meilleur tiercé ? -Eh bien, c'est sa femme. - Ah bon, pourquoi ? - Parce qu'on peut la toucher dans l'ordre, dans le désordre et sans combinaison.»
Il racontait aussi une autre histoire, mais je l'ai oubliée.
Un type qui cherchait une chambre s'en prenait à un autre qui parlait de l'existence de Dieu. Il lui disait : «Moi je cherche une chambre Monsieur, c'est bien plus important que l'existence de Dieu.»
Il y avait un groupe de sourds-muets qui faisaient un bruit d'enfer.
Un autre groupe qui semblait comploter et que j'appelais les Serbo-croates et qui se sont finalement révélés être des Serbo-croates.
Un jour de mai 68, j'y ai vu une chose très belle. Au milieu de l'après-midi. Il y avait beaucoup de monde et tout le monde pleurait. Tout un café pleurait. C'était très beau. Une grenade lacrymogène était tombée.
Si je n'y étais pas allé régulièrement tous les matins, je n'aurais rien vu de tout ça. Tandis que là, sous mes yeux, une brèche s'était ouverte dans la réalité. Il est trop tard, n'y allons pas. J'ai peur de ne plus rien y voir. J'ai peur. J'ai peur. Je ne voudrais pas mourir.»
23/08/05 - 12:22
mais moi je n'ai pas recopier du jean eustache, j'ai copié/collé du jean eustache, grande nuance :-)
-alias-